Tonic 162 - Octobre 2012

Tonic 162 – Octobre 2012

1 octobre 2012 à 12:00 - Aucun commentaire

Dieffenbach-lès-woerth : Son enfant pourrait lui être retiré
Brumath : Cour du château : Le Wolf Center !
Obernai : Les rues de la ville : un paradis pour piétons et cyclistes ?
Col du Donon – Grandfontaine : Complaisant avec l’hôtelier, la commune cède un chemin rural
Lichtenberg : Des projets aux coûts pharaoniques
Colmar : Relooking avenue Foch
Schiltigheim : Jardins familiaux, rien à foot ?
Rencontre : Audrey Rose Schmitt
Baerenthal : Puanteur au camping : la commune ne réagit pas !
Fénétrange : Chasse : il étale deux bêtes d’un seul coup de fusil
Bitche : Les uns font les dettes… les autres payent !
Volksberg : Les riverains ont gagné la bataille
Haguenau : On leur fait adopter un chat malade
La walck : Liquidation d’une SCI : une magouille pour récupérer de l’argent
Colmar : Trans-Rhin-Rail
Otterswiller : Échec au roi
Beinheim : En guerre avec son avocate
Strasbourg : La maison d’arrêt de l’Elsau est-elle une zone de non-droit ?
DOSSIER : Aires d’accueil des gens du voyage – La logique du profit ?
JURIDIQUE : Les régimes matrimoniaux

Adipeux toi-même !

Cette fois c’est officiel, à moins d’un retournement de situation de l’ordre du paranormal, les barbecues et autres excentricités estivales, c’est fini. Même Hollande, pourtant si charismatique dans ses annonces (« le changement, c’est maintenant » qu’il nous disait le monsieur) n’y pourra rien. Rangez les shorts, les mini-jupes, les crèmes solaires et tout le toutim. Au placard. Circulez y’a rien à voir, faites place aux cirés, aux bottes en caoutchouc et aux pantalons en velours côtelé façon Charles Ingalls. Trop sexy je sais, mais il faut savoir vivre avec son temps et par « temps » j’entends « météo » et non « époque ». L’époque, je te l’accorde, serait plus à la jupe fendue rose bonbon, au pantalon en cuir moulant ou au slim léopard, mais pour la cueillette des champignons c’est quand même limite. Passé le mois de septembre, en Alsace, c’est pas très compliqué, tu as le choix entre manger compulsivement du chocolat en attendant que le ciel se dégage (très très risqué) ou décider d’aller à la cueillette des champignons (très très risqué aussi, surtout si tu cueilles les mauvais) quitte à mettre ton sex-appeal de côté. Ceci dit, en cherchant bien, il existe d’autres alternatives… mon mari m’en a trouvé une taillée sur mesure pour arriver au printemps de façon digne, c’est-à-dire sans devoir entamer une cure de désintox liée à une surconsommation de pralinés et autres tartiflettes. Mon cher et tendre (jusque-là) arrive un beau soir de septembre, après un repas entre amis (le dernier pris en terrasse, doudoune sur le dos et chaussettes de ski aux pieds mais fermement décidés à ne pas abdiquer face aux diktats météorologiques), vous savez, de ces repas qui vous font lâcher un « ahhhh que c’était bonnnn, miam, slurp, vivement le prochain », et me dit, tendrement (c’est pire) : « chérie, tu sais que je te trouve très belle, et je ne dirais pas que tu es grosse, non, pas du tout, tu es magnifique mais un tout petit peu adipeuse. Pour que tu te sentes bien cet hiver je t’ai fait une surprise, vingt séances d’aquabike, tu commences demain ! Alors alors ? Qu’est-ce qu’on dit à son chéri ? »
J’avale mon dessert et je me précipite sur Robert (le dictionnaire, pas mon mari) :
Adipeux/adipeuse : qui a les caractères de la graisse ou qui en contient : tissu adipeux.
ça, c’est fait. Se faire traiter d’adipeuse après 15 ans de mariage, à la veille de l’hiver, c’est moche. Qu’est-ce qu’on dit à son chéri ?! Je vais t’en donner du tissu adipeux, je vais pédaler dans l’eau jusqu’à ce que les derniers stigmates de la dernière tranche de raclette ne soient plus qu’un lointain souvenir, et je me promènerai ensuite en robe moulante. Oui monsieur, même pour aller cueillir les champignons, et tu pourras te faire cuire toi-même tes omelettes pendant que je soignerai mon adiposité avec détermination. « Allez mesdames on s’endort pas, onnnnn pédaaaaleeee, on fait bouger tout ça, debout, assise, vitesse maaaaaximuuuum, allllezz, on relâche pas l’efffort, il faut que ça tire sur les cuisses, alllllezzzz, on raffermit ses fessiers !»…
Ho hé, elle se prend pour qui la petite jeunette moulée dans son short rose fluo ? Cher lecteur, l’aquamachin ça concurrence pas une bonne choucroute, et puis ça fait des ampoules aux pieds, et puis ça donne faim, et puis on verra ça l’année prochaine non ? Petit message personnel à chéri : moi et mon adiposité on a décidé de passer l’hiver entre un reblochon et des caramels au chocolat. À bon entendeur, salut.
Pourquoi je te parle de météo, de cellulite, d’aquabike et de tartiflette alors que le monde entier s’écroule ? C’est vrai, j’aurais pu te parler de politique, de chômage, de liquidations judiciaires, de suicides, d’OGM, de maladies, de précarité. J’aurais pu te parler des gens qui crèvent de faim, des gens qui crèvent de soif, des restos du cœur bondés, des trottoirs squattés. J’aurais pu te parler de la misère, celle qu’on n’voit pas qu’à la télé, j’aurais pu te parler de l’égoïsme, de l’hypocrisie, de l’indifférence. J’aurais pu te parler de la résignation, de la soumission, de la peur. De notre résignation. De notre soumission. De nos peurs. À tous. Car en dehors des effets d’annonce et des révolutions aux bistrots du coin le samedi soir, qu’est-ce qui compte vraiment ? Notre frigo, notre compte en banque, notre emploi, notre télé, notre profil facebook, notre iphone 5, notre adiposité.
Les rapports humains, la souffrance des autres, c’est comme les régimes, c’est bien d’en parler le soir du nouvel-an, la bouche dégoulinante de petits fours et de dinde farcie.

Au menu de ce nouveau Tonic ? Un dossier consacré aux gens du voyage et un tas d’informations que vous ne trouverez nulle part ailleurs. Laissons les autres attendre le soir du Nouvel An. C’est ici et maintenant que ça brûle.

S’gilt !
Alexandra Vallat



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